Lịch sử là một sự dối trá mà không ai phủ nhận (Napoleon đệ nhất)

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Lucrèce (94 - 56 avant JC) - Extraits

Si le sommeil n’est rien, la mort est moins encore ...

DE LA NATURE DES CHOSES

Que nous disent-ils donc, ces vains chercheurs de causes
Qui jugent la Nature incapable, sans dieux,
D’effets si doux à l’homme et si judicieux ?
La marche de l’année et les moissons constantes,
La propagation des formes renaissantes,
Ces doux entraînements du désir, ces hymens
Qui sauvent de la mort la race des humains,
Grand œuvre de Vénus féconde, où nous convie
La sainte volupté, guide et loi de la vie,
Tout pour eux est calcul, tout est d’ordre divin.
Jamais erreur ne fut plus loin du vrai chemin.

Quand bien même en effet j’ignorerais l’essence
Des éléments premiers, germes de la substance,
Les imperfections des choses et des cieux,
Tout m’instruirait qu’un monde à ce point vicieux
Ne peut être le fruit d’une raison divine.
(livre 2)

§§§§§§§§§§

L'âme et l'esprit meurent :

L’âme naît, l’esprit naît, donc l’âme et l’esprit meurent.
(Comme en constant accord leurs substances demeurent,
Pour nommer l’une et l’autre un des deux mots suffit.
Ce que j’écris de l’âme entends-le de l’esprit.
Ainsi, quand je dirai : l’âme est chose mortelle,
Ne va pas oublier que l’esprit meurt comme elle.)



(livre 3)

§§§§§§§


Souvent l’homme s’éteint par degrés ; il allonge
La route et membre à membre il perd le sentiment.
Nous voyons la pâleur livide lentement
Monter de l’ongle au doigt et du pied à la cuisse ;
Puis la mort vers le tronc de proche en proche glisse :
Ses vestiges glacés partout vont s’imprimant.
Et l’âme, sans rester entière un seul moment,
Se divise et décroît : c’est donc qu’elle est mortelle.

Crois-tu que, dans sa fuite, elle concentre en elle
La part de sentiment que chaque membre perd,
Et, ramassée à temps, se replie à couvert ?
Mais du fort où tant d’âme à la fois se condense,
La vie au moins devrait rayonner plus intense.
Ce fort, où le trouver ? L’âme décroît et fond ;
Ses débris sont jetés dehors : elle meurt donc

§§§§§§§

Si l’âme s’envolait à l’immortalité,
Son départ à ce point serait-il redouté ?

§§§§§§§§

Si nous vivions plus longtemps, serions nous morts moins longtemps ?

Vaine et stérile fièvre ! Est-ce que par la vie
Une ombre de durée à la mort est ravie ?
Serons-nous moins longtemps rien ? Que peut notre effort,
Jeté dans la balance où l’éternité dort ?
Vivrions-nous cent ans, mille ans, vingt siècles même,
Ferions-nous une rive à l’abîme suprême ?
Pour le mort séculaire et pour le mort d’un jour,
Égal est le néant, sans borne et sans retour !

§§§§§§§§§

La certitude que l'âme est mortelle enlève toute peur de la mort (et ouvre la voie à la joie)

Ami, la mort n’est rien, dès que l’âme est mortelle.
De même qu’en ces jours où la grande querelle
Fit régner la terreur sous la voûte des cieux,
Quand des Carthaginois le choc tumultueux
Ébranla tout au loin sur la terre et sur l’onde,
Quand Rome put douter de l’empire du monde,
Nous n’avons pas souffert, nous qui n’existions point :
De même, après la mort, lorsque sera disjoint
Ce nœud d’âme et de chair où tout l’homme réside,
Rien n’atteindra nos sens, ou notre être, mot vide,
Car nous ne serons plus ! Rien : dût avec la mer
La terre se confondre et l’onde avec l’éther !

Si même, après que l’âme à la forme est ravie,
En nos restes persiste un sentiment de vie,
Cela n’est plus en nous et ne nous est plus rien,
Puisque l’âme et le corps ont rompu leur lien,
Hymen d’où la personne émane tout entière.
En vain, de nos débris rassemblant la poussière,
Le temps ranimerait et renverrait un jour
Nos éléments groupés dans le même contour ;
Jetterait-il un pont d’une existence à l’autre ?
Notre substance était, avant d’être la nôtre ;
Mais ceux que nous étions sont pour nous aussi morts
Que les vivants futurs qui reprendraient nos corps.
Et certe, en contemplant l’immense cours des âges

Et l’infini travail des atomes, les sages
Admettront que, parfois, leurs divers mouvements
Dans le même ordre aient pu grouper nos éléments ;
Mais ce sont des retours que l’esprit ne peut suivre ;
Entre eux le fil se rompt ; la mort passe et délivre
De la chaîne des sens les atomes épars.

Qui sait ce que les ans nous gardaient de hasards ?
Il faut, pour le subir, passer où le mal tombe ;
Quels coups pourrons-nous donc redouter dans la tombe ?
Viennent les maux futurs, nous en serons exempts,
Comme les morts anciens le sont des maux présents.
Qui n’est pas ne craint point des soucis qu’il ignore,
Et qui n’est plus ressemble à qui n’est pas encore.
Si la vie est mortelle, immortelle est la mort.

Quand tu vois un vivant s’attendrir sur son sort,
Tremblant qu’il faille un jour moisir sans sépulture
Ou de monstres hideux endurer la morsure,
Sache qu’un sourd désir lui tient encore au cœur :
Il a beau s’en défendre, il en traduit l’erreur ;
Et sa conclusion, quoi qu’il en ait, dévie.
Il ne sait pas sortir pleinement de la vie ;
Il en garde un débris, une ombre, on ne sait quoi
Qui dure et se dérobe à l’éternelle loi.
Vivant, il se voit mort et gémit sur sa perte.
Il ne peut s’arracher de ce cadavre inerte,
Et s’indigne et se plaint d’être créé mortel.
Victime et spectateur, en son rêve cruel,
Il se fait le festin du loup et de l’orfraie ;

Il se sent dévorer. Comme si la mort vraie
Laissait un autre lui, debout quoique gisant,
Vivre mort et se voir et se pleurer absent !
Non, non ; hors de la vie, il n’est pas de torture.
Sinon partout la mort m’apparaît aussi dure :
Momie, être étouffé dans le naphte et le miel ;
Mage, au haut d’un rocher, pourrir nu sous le ciel ;
Sur mon sein oppressé sentir peser la terre :
Qu’importe le supplice ? À moins qu’on ne préfère
La torche dévorante aux serres du corbeau,
Et le lit du bûcher à celui du tombeau !

Ah ! l’amoureux accueil de ta demeure en fête,
Ta femme, tes enfants, la volupté secrète
De les voir à l’envi courir pour t’embrasser,
De leur vouer ton cœur et ton nom, de verser
Ton sang pour eux, voilà la douceur de la vie,
Et la félicité qu’un seul jour t’a ravie !
Mais songe qu’au départ nul chagrin ne nous suit ;
Voyons clair une fois : et la terreur s’enfuit.
Toi, par la mort couché dans une paix profonde,
Tu nous laisses ta part des peines de ce monde ;
Mais nous, près du bûcher, sur ton corps déjà noir
Insatiablement nous pleurons, sans espoir
De retrouver l’objet d’un deuil irréparable.
Puis donc que ton sommeil n’est qu’à nous redoutable,
Que sa paix est la fin de toutes les douleurs,
Pourquoi ces longs effrois et ces lâches pâleurs ?

Sur leurs lits de festins, dans leurs coupes moroses,
La mort se glisse et parle aux buveurs ceints de roses,
Leur criant :« Jouissez ! si court est le plaisir !
Lorsqu’il s’est écoulé qui peut le ressaisir ?»
Pensent-ils que la mort altère son convive,
Ou qu’au dernier soupir un seul besoin survive ?

Et si l’homme s’oublie aux heures du sommeil,
Que sera-ce au tombeau, dans la nuit sans réveil ?
Nul regret, nul souci, quand l’âme et le corps dorment ;
Encor cette substance où les désirs se forment
Erre non loin des sens : à peine l’aube a lui,
Que l’homme se rassemble et soudain rentre en lui.
Mais la mort n’a point d’aube ; et quand sa nuit glacée
Nous surprend, c’en est fait ! la vie et la pensée
Et tout ce qui fut nous, sans retour prend l’essor.
Si le sommeil n’est rien, la mort est moins encor.

DE RERUM NATURA - Trad André Lefevre

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