Lịch sử là một sự dối trá mà không ai phủ nhận (Napoleon đệ nhất)

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Marx-Le Capital-Extraits essentiels

Et la table se met à danser - Après moi le déluge - Robinson Crusoe - Dieu le  et Dieu le Fils c'est la même chose - Temps de travail dans une journée etc...

Le Capitalisme c’est comme la fermentation dans un cellier

Le processus de travail, en tant que consommation de la force de travail par le capitaliste, ne montre que deux phénomènes particuliers.
L’ouvrier travaille sous le contrôle du capitaliste auquel son travail appartient. Le capitaliste veille soigneusement à ce que la besogne soit proprement faite et les moyens de production employés suivant le but cherché, à ce que la matière première ne soit pas gaspillée et que l’instrument de travail n’éprouve que le dommage inséparable de son emploi.
En second lieu, le produit est la propriété du capitaliste et non du producteur immédiat, du travailleur. Le capitaliste paie, par exemple, la valeur journalière de la force de travail, dont, par conséquent, l’usage lui appartient durant la journée, tout comme celui d’un cheval qu’il a loué à la journée. L’usage de la marchandise appartient à l’acheteur et en donnant son travail, le possesseur de la force de travail ne donne en réalité que la valeur d’usage qu’il a vendue. Dès son entrée dans l’atelier, l’utilité de sa force, le travail, appartenait au capitaliste. En achetant la force de travail, le capitaliste a incorporé le travail comme ferment de vie aux éléments passifs du produit, dont il était aussi nanti. À son point de vue, le processus de travail n’est que la consommation de la force de travail, de la marchandise qu’il a achetée, mais qu’il ne saurait consommer sans lui ajouter les moyens de production. Le processus de travail est une opération entre choses qu’il a achetées, qui lui appartiennent. Le produit de cette opération lui appartient donc au même titre que le produit de la fermentation dans son cellier.
Le Capital, Livre I, Section 3, chap. 5

Note :

Ce passage laisse entrevoir une définition du capitalisme. Le produit du travail devient marchandise et contribue à crée de la « valeur ». Cette « valeur » est réinvesti dans le processus de production pour produire d’autres marchandises et d’autres valeurs, dans la plupart des cas sans lien avec la nécessité de cette marchandise (pensez aux milliers de choses inutiles que nous achetons, et encombrons nos armoires) (*). Une telle accumulation sans aucun lien avec les besoins de la société, c’est le capital. On ne peut pas la dissocier du travail. Ce n’est qu’une transformation de la force de travail des employés ainsi que d’autres moyens de production (machines, immobilier etc …). C’est l’investissement plus la force de travail, tous considérés comme propriété de l’investisseur. L’ensemble traduit ce qu’on pourrait appeler « les rapports sociaux ».

(*) Une des caractéristiques du capitalisme c’est de « faire de l’argent » uniquement  pour « faire de l’argent », et toujours produire davantage, sans aucun lien avec les besoins de la société. Même les marchandises considérées comme utiles sont sur-produites, dépassant de loin leur utilité réelle. Un tiers du pain produit en France est jeté à la poubelle. Aux Etats Unis, on jette 40% de la nourriture (Le Monde 13/10/2012). La Ministre de la Santé Agnès Buzin déclare que 40% des dépenses de santé (une forme de marchandise, comme une autre) sont inutiles … Le phénomène de la mode fait que de nombreuses marchandises ne sont utilisées que dans un temps très bref, comparé à leur durée de vie. Certaines entreprises vont jusqu’à programmer la durée de fonctionnement optimal de certaines composantes de leur produit afin d’inciter les consommateur à les jeter et à en acheter de nouvelles versions (smart phones, tablettes …). Ce modèle production déconnecté de la nécessité, accentue la destruction de la nature et le gaspillage des ressources naturelles.

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Le "travail mort qui domine et aspire la force vivante du travail"

« Dans la manufacture et dans l’artisanat, le travailleur se sert de l’outil, dans la fabrique il sert la machine. Dans le premier cas, c’est de lui que procède le mouvement du moyen de travail ; dans le second, il doit suivre le mouvement du moyen de travail. Dans la manufacture, les travailleurs sont les membres d’un mécanisme vivant. Dans la fabrique, il existe, indépendamment d’eux, un mécanisme mort auquel on les incorpore comme des appendices vivants.

« La routine affligeante d’un labeur pénible et interminable, où se répète sans cesse le même processus mécanique, est un travail de Sisyphe (*) ; le poids du travail retombe sans cesse, comme le rocher, sur le travailleur accablé. »

Tout en agressant à l’extrême le système nerveux, le travail sur les machines opprime le jeu complexe des muscles et confisque toute liberté d’action du corps et de l’esprit. Même l’allègement du travail se transforme en moyen de torture, dans la mesure où la machine ne libère pas le travailleur du travail, mais ôte au travail son contenu. Toute production capitaliste, dans la mesure où elle n’est pas seulement processus de travail, mais en même temps processus de valorisation du capital, présente ce caractère commun : ce n’est pas le travailleur qui utilise la condition de travail, mais inversement la condition de travail qui utilise le travailleur ; c’est seulement avec la machinerie que ce renversement acquiert une réalité techniquement tangible. C’est pendant le processus même du travail que le moyen de travail, du fait de sa transformation en un automate, se pose face au travailleur comme capital, comme travail mort qui domine et aspire la force vivante du travail. »
Marx, Le Capital, Livre I, Section 3, chap. 5.

(*) Sisyphe, dans la mythologie grecque, est condamné à rouler un rocher jusqu'au sommet d'une montagne, et voir cette pierre, à chaque fois, retomber en bas. Il doit recommencer indéfiniment ce travail, symbole de l'absurde.

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Dieu le Père et Dieu le Fils ne font qu'un

(...) Marchandise et argent ne fonctionnent l’une et l’autre que comme des formes différentes de la valeur elle-même (...) Le capital est argent, le capital est marchandise, (...) la valeur se présente ici comme une substance automatique, douée d’une vie propre, qui, tout en échangeant ses formes sans cesse, change aussi de grandeur, et, spontanément, en tant que valeur mère, produit une pousse nouvelle, une plus-value, et finalement s’accroît par sa propre vertu. En un mot, la valeur semble avoir acquis la propriété occulte d’enfanter de la valeur parce qu’elle est valeur, de faire des petits, ou du moins de pondre des œufs d’or.

Comme la valeur, devenue capital, subit des changements continuels d’aspect et de grandeur, il lui faut avant tout une forme propre au moyen de laquelle son identité avec elle-même soit constatée. Et cette forme propre, elle ne la possède que dans l’argent. C’est sous la forme argent qu’elle commence, termine et recommence son procédé de génération spontanée. Elle était 100 livres sterling, elle est maintenant 110 l. st., et ainsi de suite.  (...) C’est le changement de place par deux fois de la même marchandise: premièrement dans l’achat où elle remplace l’argent avancé, secondement dans la vente où l’argent est repris de nouveau (...) (1) Le capitaliste sait fort bien que toutes les marchandises, quelles que soient leur apparence et leur odeur, « sont dans la foi et dans la vérité » de l’argent (2) (...)

(...) La valeur se présente tout à coup comme une substance motrice d’elle-même, et pour laquelle marchandise et argent ne sont que de pures formes.  (...) Elle distingue en soi sa valeur primitive de sa plus-value, de la même façon que Dieu distingue en sa personne le père et le fils, et que tous les deux ne font qu’un et sont du même âge, car ce n’est que par la plus-value de 10 l. st. que les 100 premières l. st. avancées deviennent capital; et dès que cela est accompli, dès que le fils a été engendré par le père et réciproquement, toute différence s’évanouit et il n’y a plus qu’un seul être : 110 l. st.
 
La valeur devient donc valeur progressive, argent toujours bourgeonnant, poussant et, comme tel, capital. Elle sort de la circulation, y revient, s’y maintient et s’y multiplie, en sort de nouveau accrue et recommence sans cesse la même rotation. A—A’ (3), argent qui pond de l’argent, monnaie qui fait des petits — money which begets money.

Marx - Capital Livre I - 2è section - Chap 4

(1) Formalisé par le schéma A-M-A' (argent - marchandise - plus d'argent)

(2) Pensez aux armes, aux produits polluants, toxiques etc ...


(3) C'est dans le capitalisme financier spéculative, que cet aspect A-A' est le plus clair. Point n'est besoin de marchandise, une valeur financière engendre son propre bénéfice. Cependant, on peut y perdre de l'argent, me direz vous. Deux remarques :
- la masse financière dans sa globalité ne cesse d'augmenter (l'argent perdu par des "petits" sont gagnés par les grands, qui font des bénéfices)
- quand des institutions financières perdent de l'argent (lors des crises), elles font appel à l'état qui volent à leur secours avec l'argent des contribuables. On constate alors que leur profit reprennent de plus belle.

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Hegel marche sur la tête

Ma méthode dialectique, non seulement diffère par son fondement de la méthode hégélienne, mais elle en est l’exact opposé. Pour Hegel, le mouvement de la pensée, qu’il personnifie sous le nom de l’Idée, est le démiurge de la réalité, laquelle n’est que la forme phénoménale de l’Idée. Pour moi, au contraire, le mouvement de la pensée n’est que la réflexion du mouvement réel, transporté et transposé dans le cerveau de l’homme. J’ai critiqué le côté mystique de la dialectique hégélienne il y a près de trente ans, à une époque où elle était encore à la mode. Mais bien que, grâce à son quiproquo, Hegel défigure la dialectique par le mysticisme, ce n’en est pas moins lui qui en a le premier exposé le mouvement d’ensemble. Chez lui elle marche sur la tête ; il suffit de la remettre sur les pieds pour lui trouver une physionomie tout à fait raisonnable. Sous son aspect mystique, la dialectique devint une mode en Allemagne, parce qu’elle semblait glorifier les choses existantes. Sous son aspect rationnel, elle est un scandale et une abomination pour les classes dirigeantes et leurs idéologues doctrinaires, parce que dans la conception positive des choses existantes, elle inclut du même coup l’intelligence de leur négation fatale, de leur destruction nécessaire, parce que saisissant le mouvement même dont toute forme faite n’est qu’une configuration transitoire, rien ne saurait lui en imposer ; parce qu’elle est essentiellement critique et révolutionnaire.

Karl Marx, Le Capital, Première section, chapitre IV, Folio 2010, p.248-249, "la poule aux œufs d'or"

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Robinson Crusoe et la théorie des valeurs

Puisque l’économie politique aime les robinsonnades, faisons d’abord paraître Robinson dans son île. Aussi modeste qu’il soit à l’origine, il n’en doit pas moins satisfaire des besoins divers, et, pour ce faire, accomplir toute une série de travaux utiles d’espèces diverses, faire des outils, fabriquer des meubles, domestiquer des lamas, pêcher, chasser, etc. [...] Malgré la diversité de ses fonctions productives, il sait qu’elles ne sont toutes que diverses formes d’activité du même Robinson, qu’elles ne sont donc que diverses modalités de travail humain. C’est l’urgence des besoins elle-même qui lui impose de répartir exactement son temps entre ses diverses fonctions. L’ampleur plus ou moins grande prise par telle ou telle fonction dans l’ensemble de son activité dépend du niveau plus ou moins élevé de difficultés qu’il lui faut surmonter pour atteindre l’effet utile visé. C’est l’expérience qui lui apprend cela, et notre Robinson, qui a sauvé du naufrage une montre, le grand livre de comptes, l’encre et la plume, a tôt fait de tenir la comptabilité de sa propre personne, en bon Anglais qu’il est. Son inventaire comporte un répertoire des objets d’usage qu’il possède, des diverses opérations requises pour les produire, et finalement du temps de travail que lui coûtent en moyenne des quantités déterminées de ces différents produits. [...] Et pourtant toutes les déterminations habituelles de la valeur y sont contenues.
Karl Marx, Le Capital , section 1, Chapitre 4

Note :

L'histoire de Robinson Crusoe pourrait être vue comme une expérience de pensée intéressante.
D'abord, Robinson n'est pas venue de nulle part, mais est bien le produit des "interactions sociales" bien définies, avec une conscience bien précise concernant les « rapports de production ».
Ceci dit, le fait que Robinson se trouve seul sur son île nous permet de le considérer comme une société à part entière. Ses besoins : nourritures, eau, le nécessaire pour se protéger du froid, de la pluie, du soleil et autres agressions de la nature ... sont les besoins habituels de toute société. La répartition du temps et des moyens pour produire de quoi satisfaire ces besoins, ne diffèrent pas des négociations au sein d'une société afin d'organiser l'appareil de production. En effet, Robinson négocie avec lui-même, du genre : "demain je vais prendre 4 heures pour faire telle chose, non, seulement 3 heures ... et puis, zut, 3 heures et demie". Ce qui représente la synthèse des rapports de production dans cette société dont il est le seul membre. La valeur des objets produits correspond à la difficulté rencontrée lors de leur fabrication, la rareté des matières premières, et le temps consacré.

Maintenant, supposons qu'il apparait d'autres humains sur l'île, avec qui Robinson peut échanger sa production contre d'autres objets. A ce moment, les objets fabriqués par Robinson deviennent des marchandises, susceptibles d'être échangées et ré-échangées de nombreuses fois. Au même moment, la valeur de ces objets perdent leur valeur initiale, à savoir celle correspondant au temps mis par Robinson à les faire, à la difficulté et la pénibilité de cette tâche. La valeur d'un objet fabriqué par Robinson ne sera plus que celle d’un autre objet que l'on a choisi pour échanger avec lui (1). Ainsi, en devenant marchandise, un objet perd sa valeur "réelle", liée à sa fabrication et à l’humain qui l'a produit. A la place, on lui attribue une valeur "en soi", de la même manière qu'on attribue à un objet de culte, une icône, un fétiche, des propriétés magiques ...
A travers cet extrait, nous pouvons aussi nous rendre compte que les besoins d'une société ne peuvent être satisfaits que par le travail. C'est bien ce travail, concret, utile (2), qui produit de la valeur, et non la valeur marchande, "ajoutée", liée à l’échange. Devenant un "pouvoir  magique", la valeur marchande possède cette particularité qu'on peut l’accumuler d'une façon irrationnelle, voire immorale (3).

(1) L'argent est aussi un  "objet" utilisé pour l'échange, un dieu grâce auquel on peut  (à peu près) tout avoir

(2) Comptabilisé ici par Robinson

(3) De nos jours, certaines personnes peuvent posséder l'équivalent de milliard de poissons ou moutons, de millions de tables, de chaises ...

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Et la Table se met à danser ...

Une marchandise paraît au premier coup d'œil quelque chose de trivial et qui se comprend de soi-même. Notre analyse a montré au contraire que c'est une chose très complexe, pleine de subtilités métaphysiques et d'arguties théologiques. En tant que valeur d'usage, il n'y a en elle rien de mystérieux, soit qu'elle satisfasse les besoins de l'homme par ses propriétés, soit que ses propriétés soient produites par le travail humain. Il est évident que l'activité de l'homme transforme les matières fournies par la nature de façon à les rendre utiles. La forme du bois, par exemple, est changée, si l'on en fait une table. Néanmoins, la table reste bois, une chose ordinaire et qui tombe sous les sens. Mais dès qu'elle se présente comme marchandise, c'est une tout autre, affaire. A la fois saisissable et insaisissable, il ne lui suffit pas de poser ses pieds sur le sol ; elle se dresse, pour ainsi dire, sur sa tête de bois en face des autres marchandises et se livre à des caprices plus bizarres que si elle se mettait à danser.

Le caractère mystique de la marchandise ne provient donc pas de sa valeur d'usage. Il ne provient pas davantage des caractères qui déterminent la valeur. D'abord, en effet, si variés que puissent être les travaux utiles ou les activités productives, c'est une vérité physiologique qu'ils sont avant tout des fonctions de l'organisme humain, et que toute fonction pareille, quels que soient son contenu et sa forme, est essentiellement une dépense du cerveau, des nerfs, des muscles, des organes, des sens, etc., de l'homme. En second lieu, pour ce qui sert à déterminer la quantité de la valeur, c'est-à-dire la durée de cette dépense ou la quantité de travail, on ne saurait nier que cette quantité de travail se distingue visiblement de sa qualité. Dans tous les états sociaux le temps qu'il faut pour produire les moyens de consommation a dû intéresser l'homme, quoique inégalement, suivant les divers degrés de la civilisation. Enfin dès que les hommes travaillent d'une manière quelconque les uns pour les autres, leur travail acquiert aussi une forme sociale.

D'où provient donc le caractère énigmatique du produit du travail, dès qu'il revêt la forme d'une marchandise ? Evidemment de cette forme elle-même.
Le caractère d'égalité des travaux humains acquiert la forme de valeur des produits du travail ; la mesure des travaux individuels par leur durée acquiert la forme de la grandeur de valeur des produits du travail; enfin les rapports des producteurs, dans lesquels s'affirment les caractères sociaux de leurs travaux, acquièrent la forme d'un rapport social des produits du travail. Voilà pourquoi ces produits se convertissent en marchandises, c'est-à-dire en choses qui tombent et ne tombent pas sous les sens, ou choses sociales. C'est ainsi que l'impression lumineuse d'un objet sur le nerf optique ne se présente pas comme une excitation subjective du nerf lui-même, mais comme la forme sensible de quelque chose qui existe en dehors de l'œil. Il faut ajouter que dans l'acte de la vision la lumière est réellement projetée d'un objet extérieur sur un autre objet, l'œil ; c'est un rapport physique entre des choses physiques. Mais la forme valeur et le rapport de valeur des produits du travail n'ont absolument rien à faire avec leur nature physique. C'est seulement un rapport social déterminé des hommes entre eux qui revêt ici pour eux la forme fantastique d'un rapport des choses entre elles. Pour trouver une analogie à ce phénomène, il faut la chercher dans la région nuageuse du monde religieux. Là les produits du cerveau humain ont l'aspect d'êtres indépendants, doués de corps particuliers, en communication avec les hommes et entre eux. Il en est de même des produits de la main de l'homme dans le monde marchand. C'est ce qu'on peut nommer le fétichisme attaché aux produits du travail, dès qu'ils se présentent comme des marchandises, fétichisme inséparable de ce mode de production.
Karl Marx – Le Capital : Livre 1- 1ère section – Chap 1 - § 4

Note :

A l'intérieur de chaque marchandise, se trouvent les efforts d'individus précis ayant conçu et fabriqué cette marchandise dans des conditions personnelles et sociales données (le temps nécessaire, la difficulté, la pénibilité, le danger pour la santé, les conséquences sur la vie familiale, les ravages sur l'environnement, la consommation des ressources naturelles, etc ...). Ce sont là , les vrais caractéristiques d'un objet fabriqué. Cependant, dès qu'il est échangé comme marchandise, cette réalité disparait, et chaque marchandise ne sera vue qu'à travers son rapport avec d'autres marchandises : cent stylos valent dix poulets, cinq bouteilles de vin, un téléphone portable ... ou une certaine somme d'argent. La relation entre marchandises est une relation entre objets. Avec la différence que cette relation n'est plus vue sous un angle physique (grand, petit, lourd, léger, rouge, bleu ...) ou utilitaire (vous avez besoin ou pas de cent stylos, ils valent toujours un téléphone portable), mais revêt une valeur métaphysique, comme des objets de culte, des fétiches, auxquels on attribue des pouvoirs magiques.

Ici Marx revient à Feuerbach, quand celui-ci voit en Dieu et autres divinités un produit de l'esprit humain, qui reflètent ses propres peurs et espérances, mais que l'homme transforme en entités en dehors de lui, avec la possibilité de penser, agir, parler ... De la même manière, on attribue aux marchandises des propriétés qui n’ont rien à voir avec leur vraies valeurs, une vie autonome sans rapport avec leur vraie nature. Puis, quand ces marchandises « meurent » (cas des videos VHS, imprimantes à aiguille, locomotives vapeur ...), on ne peut pas dire qu’on s'intéresse tellement à leur "physique", leur « cadavre » (où les "enterrer" ?), mais envisage plutôt leur "mort" sous l’angle abstrait, métaphysique.
Ceci dit, bien qu'imperceptible, la vraie valeur d'une marchandise, c'est à dire l'effort des hommes et des femmes concrets pour la fabriquer, agit toujours, comme la pesanteur en physique. Souvent on ne s'en rend compte qu'en période de crise : grève, insurrection, révolution ... Prenons la "mort" d'une marchandise. Nous pouvons très bien la considérer sous un angle abstrait, comme il a été dit, mais nous ne pouvons pas être indifférents devant des dizaines voire des centaines de milliers de travailleurs mis au chômage, descendant dans la rue, à cause de cette "mort".

La révolution russe a éclaté en février 1917 en grande partie parce que les grandes usines de St Petersbourg n'ont plus de matières premières pour fonctionner. La valeur abstraite des marchandises que ces usines produisent peuvent augmenter ou diminuer selon les lois du marché, faisant gagner ou perdre de l’argent aux divers investisseurs. Mais ce sont bien les travailleurs sans travail qui, en descendant dans la rue, ont fait tomber un Empire multi-centenaire ayant régner sur un territoire égal à une Europe et demie ! Ils représentent la vraie valeur des marchandises qu'ils fabriquent, invisible en temps normal, mais, tel le poids dans la loi de la pesanteur, se rappelle au bon souvenir des gens, quand le plafond s'effondre sur leur tête !

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Temps de travail par jour

Le capitaliste a acheté la force de travail à sa valeur journalière. C'est donc à lui qu'appartient sa valeur d'usage pendant la durée d'une journée de travail. Il a donc acquis le droit de faire travailler pour lui un travailleur pendant une journée. Mais qu'est-ce qu'une journée de travail ? (1) C'est moins en tout cas qu'une journée de vie naturelle. De combien ? Le capitaliste a sa propre opinion sur cette ultima Thule (2), cette limite où doit s'arrêter la journée de travail. En tant que capitaliste, il n'est que capital personnifié. Son âme est l'âme du capital. Or le capital a une unique pulsion vitale : se valoriser, créer de la survaleur, pomper avec sa partie constante, les moyens de production, la plus grande masse possible de surtravail. Le capital est du travail mort, qui ne s'anime qu'en suçant tel un vampire du travail vivant, et qui est d'autant plus vivant qu'il en suce davantage (3). Le temps pendant lequel le travailleur travaille est le temps pendant lequel le capitaliste consomme la force de travail qu'il lui a achetée. Si le travailleur consomme pour lui-même son temps disponible, il vole le capitaliste. Le capitaliste se réclame donc de la loi de l'échange marchand. Il cherche, comme n'importe quel autre acheteur, à tirer le plus grand parti possible de la valeur d'usage de sa marchandise
Karl Marx, Le Capital, livre I, section 3, chapitre VIII

Note :

(1) Dans la période de développement du capitalisme, le temps de travail par jour varie de 12 à 14 heures. Les patrons l'estiment selon le temps de repos nécessaire pour que l'ouvrier puisse retourner au travail le jour suivant (le salaire est évalué selon la même méthode, à savoir la somme d'argent nécessaire au maintien de la force de travail de l'ouvrier). Pour Marx, la diminution du temps de travail est la l'élément primordial dans l'amélioration de la vie des travailleurs (Instructions aux délégués du conseil général au congrès de Genève de 1867 de l’AIT). En 1833, en Angleterre, le Factory Act  limite le temps de travail à 10 heures par jour, mais seulement pour les enfants de 10 à 14 ans, et uniquement dans l'industrie textile ! Il faut attendre 1847 pour que les femmes et les enfants puissent bénéficier de journées de travail de 10 heures. En France, une loi promulguée en 1848 limite le temps quotidien de travail à 10 heures. Cette loi ve être rapidement abolie quelques mois plus tard, sous la pression du patronnat, pour ramener le temps de travail à 12 heures par jour.

(2) Ultima Thule est une terre mythique de l'extrême nord de l'Europe. Il est posssible que Marx s'inspire ici d'un poème de Goethe (Der König in Thule).

(3) Bien qu'il évoque des légendes lourdement suggestives comme celle des vampires suçant le sang, Marx précise dans l'Introductionde l'Edition en Allemand du Capital quil ne juge pas les capitalistes selon des critères moraux. Il ne s'intéresse à eux qu'en tant que  "personnalisation du capitalisme", subissant, eux aussi, les lois de ce système. Autrement dit, il existe parmi les capitalistes, des hommes bons, généreux, auusi bien que le contraire, comme dans n'importe quel groupe humain. Ce n'est que comme "capitalisme personnifié" qu'ils sont déterminés à devenir ce qui est décrit d'eux dans cet extrait (et dans les extraits précédents).

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Après moi, le déluge !

Le capital, qui a de si « bonnes raisons » pour nier les souffrances de la population ouvrière qui l’entoure, est aussi peu ou tout autant influencé dans sa pratique par la perspective de la pourriture de l’humanité et finalement de sa dépopulation, que par la chute possible de la terre sur le soleil. Dans toute affaire de spéculation, chacun sait que la débâcle viendra un jour, mais chacun espère qu’elle emportera son voisin après qu’il aura lui‑même recueilli la pluie d’or au passage et l’aura mise en sûreté. Après moi le déluge ! Telle est la devise de tout capitaliste et de toute nation capitaliste (1). Le capital ne s’inquiète donc point de la santé et de la durée de la vie du travailleur, s’il n’y est pas contraint par la société (2). (...) Il est vrai qu’à prendre les choses dans leur ensemble, cela ne dépend pas non plus de la bonne ou mauvaise volonté du capitaliste individuel. La libre concurrence impose aux capitalistes les lois immanentes de la production capitaliste comme lois coercitives externes.
Karl Marx, Le Capital, livre I, section 3, chapitre VIII

(1) Nous nous rendons bien compte de l'immense difficulté à résoudre les questions de la pollution, de l'épuisement des ressources naturelles, de la diffusion des produits toxiques, sans compter la progression des inégalités et la dstruction des sociétés, dans le système actuel de production.

(2) Sous la pression des socialistes allemands, le Chancelier Bismarck, en 1889, décida d'instaurer un âge de départ à la retraite (payée par les cotisations ouvrières et patronnales). Il aurait demandé à un conseiller : "Dis moi, machin, à quel âge les ouvriers seront-ils morts, à coup sûr ?"
- 65 ans, Votre Excellence

Le départ à la retraite est alors fixé à ... 70 ans.

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Marx et l'environnement

« Chaque progrès de l’agriculture capitaliste est un progrès non seulement dans l’art d’exploiter le travailleur, mais encore dans l’art de dépouiller le sol ; chaque progrès dans l’art d’accroître sa fertilité pour un temps, un progrès dans la ruine de ses sources durables de fertilité. Plus un pays, les États-Unis du nord de l’Amérique, par exemple, se développe sur la base de la grande industrie, plus ce procès de destruction s’accomplit rapidement (note 278). La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse : la terre et le travailleur. »
Le Capital Livre I - 4è section - Chap XV – X

Note :

Ce passage est évoqué non comme argumentation scientifique, mais pour rappeler que Marx a parlé de l’environnement dans le Capital …

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