Pourquoi je sais certaines choses de plus que les autres ? pourquoi, d’une façon générale, je suis si malin ? — Je n’ai jamais réfléchi à des questions qui n’en sont pas, je ne me suis jamais gaspillé
Ecce Homo - Pourquoi je suis si malin - Chap 1
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"Je suis, étranger dans mes instincts les plus intimes à tout ce qui est allemand, à un point que le voisinage d’un Allemand suffit à retarder ma digestion (...)
Nous autres qui, tout enfants, avons respiré l’air marécageux des années 1850, nous sommes nécessairement des pessimistes pour tout ce qui touche à « l’idée allemande ». Il nous est impossible d’être autre chose que des révolutionnaires (...)
Ecce Homo - Pourquoi je suis si malin - Chap 4
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Le grand poète ne puise jamais que dans sa réalité propre, au point qu’il lui arrive après coup de ne plus pouvoir supporter son œuvre (...)
Ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou. Mais pour sentir ainsi, il faut être profond, il faut être philosophe, il faut avoir un abîme en soi... Nous avons tous peur de la vérité...
Ecce Homo - Pourquoi je suis si malin - Chap 3
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L’homme est ainsi fait : on pourrait lui réfuter mille fois un article de foi, — en admettant qu’il en ait besoin, il continuerait toujours à le tenir pour « vrai » (...)
Quelques-uns ont encore besoin de métaphysique ; mais cet impétueux désir de certitude qui se décharge, aujourd’hui encore, dans les masses compactes, avec des allures scientifiques et positivistes, ce désir d’avoir à tout prix quelque chose de solide (...), est, lui aussi, le désir d’un appui, d’un soutien.
(...) autour de tous ces systèmes positifs s’élève la fumée d’un certain assombrissement pessimiste, quelque chose comme la fatigue, le fatalisme, la déception ou la crainte d’une déception nouvelle — ou bien encore l’étalage du ressentiment, la mauvaise humeur, l’anarchisme exaspéré, ou quels que soient les symptômes ou les mascarades résultant du sentiment de faiblesse. La violence même que mettent certains de nos contemporains, les plus avisés, à se perdre dans de pitoyables réduits, dans de malheureuses impasses, par exemple dans le genre patriotard (...), ou bien dans une étroite profession de foi esthétique à la façon du naturalisme (...), ou bien encore dans le nihilisme (...)(c’est-à-dire dans la croyance en l’incrédulité jusqu’au martyre), cette violence est toujours et avant tout une preuve d’un besoin de foi, d’appui, de soutien, de recours… La foi est toujours plus demandée, le besoin de foi est le plus urgent, lorsque manque la volonté (...) Moins quelqu’un sait commander, plus il aspire violemment à quelqu’un qui ordonne, qui commande avec sévérité, à un dieu, un prince, un État, un médecin, un confesseur, un dogme, une conscience de parti (...)
(...) Il y aurait lieu d’imaginer par contre une joie et une force de souveraineté individuelle, une liberté du vouloir, où l’esprit abandonnerait toute foi, tout désir de certitude, exercé comme il l’est à se tenir sur les cordes légères de toutes les possibilités, à danser même au bord de l’abîme. Un tel esprit serait l’esprit libre par excellence
Le Gai savoir - Chap 347
Note :
Nietzsche ne s’attaque pas qu’aux croyances religieuses, mais aussi :
⦁ Aux croyances à des « vérités » scientifiques, ignorant que la science est par nature un cheminement d’erreur en erreur.
⦁ Aux velléités de détruire toute institution, système … comme dans « l’anarchisme exaspéré »
⦁ Aux nationalismes (les « patriotards » !)
⦁ A l’écologisme dogmatique
⦁ Et aussi au nihilisme comme croyance aveugle qu’il ne faut croire à rien …
En passant il ébrèche « l’idée allemande », qui, on le saura, hélas, sera à l’origine de l’un des drames majeurs du 20è siècle, avec le nazisme, la Shoah …
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Il y a de la force de guérir même dans la blessure. Depuis longtemps une sentence dont je cache l’origine à la curiosité savante a été ma devise :
Increscunt animi, virescit volnere virtus.
(L’âme se grandit, la vertu se renforce par la blessure)
Ce petit écrit est une grande déclaration de guerre ; et pour ce qui en est de surprendre les secrets des idoles, cette fois-ci ce ne sont pas des dieux à la mode, mais des idoles éternelles que l’on touche ici du marteau.
Le crépuscule des idoles Ou comment on philosophe avec un marteau (1888-1889) – Avant Propos
À L’ÉCOLE DE GUERRE DE LA VIE. — Ce qui ne me fait pas mourir me rend plus fort (1).
Le crépuscule des idoles- Maxime 8
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"A vrai dire, vous appelez cela volonté de créer ou instinct du but, du plus sublime, du plus lointain, du plus multiple: mais tout cela n'est qu'une seule chose et un seul secret.
"Je préfère disparaître que de renoncer à cette chose unique, et, en vérité, où il y a déclin et chute des feuilles, c'est là que se sacrifie la vie - pour la puissance !
"Qu'il faille que je sois lutte, devenir, but et entrave du but: hélas! celui qui devine ma volonté, celui-là devine aussi les chemins tortueux qu'il lui faut suivre!
"Quelle que soit la chose que je crée et la façon dont j'aime cette chose, il faut que bientôt j'en sois l'adversaire et l'adversaire de mon amour: ainsi le veut ma volonté.
"Et toi aussi, toi qui cherches la connaissance, tu n'es que le sentier et la piste de ma volonté: en vérité, ma volonté de puissance marche aussi sur les traces de ta volonté du vrai (2) !
"Il n'a assurément pas rencontré la vérité, celui qui parlait de la "volonté de vie", cette volonté - n'existe pas.
"Car: ce qui n'est pas ne peut pas vouloir; mais comment ce qui est dans la vie pourrait-il encore désirer la vie !
"Ce n'est que là où il y a de la vie qu'il y a de la volonté: pourtant ce n'est pas la volonté de vie, mais - ce que j'enseigne - la volonté de puissance.
"Il y a bien des choses que le vivant apprécie plus haut que la vie elle-même; mais c'est dans les appréciations elles-mêmes que parle - la volonté de puissance!"
Voilà l'enseignement que la vie me donna un jour: et c'est par cet enseignement, ô sages parmi les sages, que je résous l'énigme de votre coeur.
En vérité, je vous le dis (3): le bien et le mal qui seraient impérissables - n'existent pas! Il faut que le bien et le mal se surmontent toujours de nouveau par eux-mêmes.
Avec vos valeurs et vos paroles du bien et du mal, vous exercez la force, vous, les appréciateurs de valeur: ceci est votre amour caché, l'éclat, l'émotion et le débordement de votre âme.
Mais une puissance plus forte grandit dans vos valeurs, une nouvelle victoire sur soi-même qui brise les oeufs et les coquilles d'oeufs.
Et celui qui doit être créateur dans le bien et dans le mal: en vérité, celui-là commencera par détruire et par briser les valeurs.
Ainsi Parlait Zarathoustra - Chapitre 34. DE LA VICTOIRE SUR SOI-MÊME
Note :
(1) Probablement pas pour tout le monde (conception « aristocratique » de Nietzsche). Face à l’adversité certains auront recours à des « remèdes » pire que le mal, alcool, drogues, fausses croyances, idoles et gourous, etc …
(2) Volonté de connaissance (bien, mal …), de vérité, de certitude … sont volonté de puissance (ailleurs, liées à la peur). Dans la forme, une « figure de style » : tu marches sur mes pas, et je marche sur tes pas …
(3) « En vérité, je vous le dis » : formule d’Evangile
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Lorsque je vins pour la première fois parmi les hommes, je fis la folie du solitaire, la grande folie: je me mis sur la place publique.
Et comme je parlais à tous, je ne parlais à personne. Mais le soir des danseurs de corde et des cadavres étaient mes compagnons; et j'étais moi-même presque un cadavre.
Mais, avec le nouveau matin, une nouvelle vérité vint vers moi: alors j'appris à dire: "Que m'importe la place publique et la populace, le bruit de la populace et les longues oreilles de la populace!"
Hommes supérieurs, apprenez de moi ceci: sur la place publique personne ne croit à l'homme supérieur. Et si vous voulez parler sur la place publique, à votre guise! Mais la populace cligne de l'oeil: "Nous sommes tous égaux."
"Hommes supérieurs, - ainsi cligne de l'oeil la populace, - il n'y pas d'hommes supérieurs, nous sommes tous égaux, un homme vaut un homme, devant Dieu - nous sommes tous égaux!"
Devant Dieu! - Mais maintenant ce Dieu est mort. Devant la populace, cependant, nous ne voulons pas être égaux. Hommes supérieurs, éloignez-vous de la place publique!
Ainsi parlait Zarathoustra - Chap 73
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Tout ce que l’humanité a évalué sérieusement jusqu’à présent, ce ne sont même pas des réalités, ce ne sont que des chimères, plus exactement des mensonges, nés des mauvais instincts de natures mala dives et foncièrement nuisibles — toutes les notions, telles que « Dieu », « l’âme », « la vertu », « le péché », « l’au-delà », « la vérité », « la vie éternelle ». Mais on y a cherché la grandeur de la nature humaine, sa « divinité »... Toutes les questions de politique, d’ordre social, d’éducation, ont été faussées à l’origine, parce que l’on a pris les hommes les plus nuisibles pour des grands hommes, parce que l’on a enseigné à mépriser les « petites » choses (*), je veux dire les affaires fondamentales de la vie...
(...)
Je ne connais pas d’autre manière, dans les rapports avec les grandes tâches, que le jeu.
(...)
Ma formule pour la grandeur de l’homme, c’est amor fati. Il ne faut rien demander d’autre, ni dans le passé, ni dans l’avenir, pour toute éternité. Il faut non seulement supporter ce qui est nécessaire, et encore moins le cacher — tout idéalisme c’est le mensonge devant la nécessité — il faut aussi l’aimer...
Ecce Homo - Pourquoi je suis si malin - Chap 9
(*) "petites choses : nutrition, lieu et climat, récréation, toute la casuistique de l’amour de soi" (dans le même texte)
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(...) tout homme sait fort bien qu’il n’est sur la terre qu’une seule fois, en un exemplaire unique, et qu’aucun hasard, si singulier qu’il soit, ne réunira, pour la seconde fois, en une seule unité, quelque chose d’aussi multiple et d’aussi curieusement mêlé que lui. Il le sait, mais il s’en cache, comme s’il avait mauvaise conscience. Pourquoi ? Par crainte du voisin, qui exige la convention et s’en enveloppe lui-même. Mais qu’est-ce qui force l’individu à craindre le voisin, à penser, à agir selon le mode du troupeau, et à ne pas être content de lui-même ? La pudeur peut-être chez certains, mais ils sont rares. Chez le plus grand nombre, c’est le goût des aises, la nonchalance, bref ce penchant à la paresse (...), les hommes sont encore plus paresseux que craintifs (...)
(...) tout homme est un mystère unique (...). Il est beau et digne d'être contemplé, il est nouveau et incroyable comme toute œuvre de la nature (...) Quand le grand penseur méprise les hommes, il méprise leur paresse, car c'est à cause d'elle qu'ils ressemblent à une marchandise fabriquée, qu'ils paraissent sans intérêt, (...) L'homme qui ne veut pas faire partie de la masse n'a qu'à cesser de s'accommoder de celle-ci ; qu'il obéisse à sa conscience qui lui dit : « Sois toi-même ! »
Il faut veiller sérieusement à ce qu'une époque qui place son salut dans l'opinion publique, c'est-à-dire dans la paresse privée, soit véritablement mise à mort ; je veux dire par là qu'elle doit être rayée de l'histoire de la délivrance véritable de la vie (...)
Mais comment pouvons-nous nous retrouver nous-mêmes ? Comment l'homme peut-il se connaître ?
(...)
Que la jeune âme jette un coup d'œil sur sa vie passée et qu'elle se pose cette question : Qui as-tu véritablement aimé jusqu'à présent ? Qu'est-ce qui t'a attiré et, tout à la fois, dominé et rendu heureux ? Fais défiler devant tes yeux la série des objets que tu as vénérés. Peut-être leur essence et leur succession te révèleront-elles une loi, la loi fondamentale, de ton être véritable (...) Rends-toi compte qu'ils se complètent, s'élargissent, se surpassent et se transfigurent les uns les autres, qu'ils forment une échelle dont tu t'es servi jusqu'à présent pour grimper jusqu'à toi. Car ton essence véritable n'est pas profondément cachée au fond de toi-même ; elle est placée au-dessus de toi à une hauteur incommensurable, ou du moins au-dessus de ce que tu considères généralement comme ton moi.
Schopenhauer éducateur - Considérations inactuelles - chap 9
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L’OFFRANDE DU MIEL
S'installant sur la montagne, Zarathoustra se dit :
"(...) le monde (...) me semble ressembler plutôt encore à une mer abondante et sans fond,
— une mer pleine de poissons multicolores et de crabes dont les dieux mêmes seraient friands, en sorte qu’à cause de la mer ils deviendraient pêcheurs et jetteraient leurs filets : tant le monde est riche en prodiges grands et petits !
Surtout le monde des hommes, la mer des hommes : — c’est vers elle que je jette ma ligne dorée en disant : ouvre-toi, abîme humain !
Ouvre-toi et jette-moi tes poissons et tes crabes scintillants ! Avec ma meilleure amorce j’attrape aujourd’hui pour moi les plus prodigieux poissons humains !
C’est mon bonheur que je jette au loin, je le disperse dans tous les lointains, entre l’orient, le midi et l’occident, (...)
Jusqu’à ce que victimes de mon hameçon pointu et caché, il leur faille monter jusqu’à ma hauteur (...)
Car je suis cela dès l’origine et jusqu’au fond du cœur, tirant, attirant, soulevant et élevant, un tireur, un dresseur et un éducateur, qui jadis ne s’est pas dit en vain : « Deviens qui tu es ! "
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En admettant que nous désirions la vérité : pourquoi ne préférerions-nous pas la non-vérité ? Et l’incertitude ? Et même l’ignorance ? — Le problème de la valeur du vrai s’est présenté à nous, — ou bien est-ce nous qui nous sommes présentés à ce problème ? Qui de nous ici est Œdipe ? Qui le Sphinx ?
Par dela le bien et le mal - Le préjugé des philosophes - Chap 1
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C’est « conformément à la nature » que vous voulez vivre ! Ô nobles stoïciens, quelle duperie est la vôtre ! Imaginez une organisation telle que la nature, prodigue sans mesure, indifférente sans mesure, sans intentions et sans égards, sans pitié et sans justice, à la fois féconde, et aride, et incertaine, imaginez l’indifférence elle-même érigée en puissance, — comment pourriez-vous vivre conformément à cette indifférence ? (...)
Or, en admettant que votre impératif « vivre conformément à la nature » signifiât au fond la même chose que « vivre conformément à la vie » — ne pourriez-vous pas vivre ainsi ? Pourquoi faire un principe de ce que vous êtes vous-mêmes, de ce que vous devez être vous-mêmes ?
Par delà le bien et le mal - Le préjugé des philosophes - Chap 9
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Les physiologistes devraient hésiter à considérer l’instinct de conservation comme instinct fondamental de tout être organisé. Avant tout, c’est quelque chose de vivant qui veut épancher sa force. La vie elle-même est volonté de puissance. La conservation de soi n’en est qu’une des conséquences indirectes les plus fréquentes.
Par delà le bien et le mal - Le préjugé des philosophes - Chap 13
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"une pensée ne vient que quand elle veut, et non pas lorsque c’est moi qui veux ; de sorte que c’est une altération des faits de prétendre que le sujet moi est la condition de l’attribut « je pense ». Quelque chose pense, mais croire que ce quelque chose est l’antique et fameux moi, c’est une pure supposition"
Par delà le bien et le mal - Le préjugé des philosophes - chap 17