Les Qarmates font partie d'une branche des Ismaélites dont l'idéal égalitaire est particulièrement mis en avant.
Le nom qarmate vient du fondateur Hamdan Qarmat Ibn al-Ach'ath. Le mot pourait désigner "un paysan" ou "villageois", catégorie particulièrement exploitée sous la dynastie des Abassides. Hamdan "qarmate" serait un "paysan révolté" ...
Sa conversion à l'Ismaélisme date de 874. A la mort de son Maitre il prend la direction du mouvement, qui se développe à Koufa (Irak), et envoie une mission à Bahrein et le Yemen.
Ne revenant pas d'un voyage vers Bagdad, il est remplacé par des successeurs assez actifs qui s'emparent de Homs, Alep et Hama (Syrie), attaquent As Salamiya, avant d'être battus par l'armée abasside. Ils réussissent encore, après cette défaite, à prendre Bassorah, contrôlant les caravanes vers La Mecque, et s'emparant d'un grand trésor (des Toulounides d'Egypte) ... En 907, leur chef, Zikrawayh marche sur Bagdad, mais est tué par une grande armée turque. Une autre expédition contre Damas échoue également.
C'est à Barhein que les Qarmates ont pu constituer un Etat. Abû sa`yid al-Jannabi, envoyé en mission en 886 par Hamdan Qarmate, arrive à chasser le gouverneur et les troupes abassides, et prend le contrôle la côte orientale du golfe persique, sur une zone de Bassorah à Awal, englobant Barhein, Qatif, le Koweit et le Qatar.
En 930, les Qarmates s'emparent de La Mecque, dérobe la Pierre Noire pour l'entreposer dans leur capitale Hajar (al Hassa).
En 968, les troupes qarmates prennent Damas, imposent un tribut à la région, puis, après quelques difficultés conflictuelles avec les fatimides, règnent sur la Syrie.
Des coalitions se forment ensuite contre les qarmates (Bouyide, Hamdanide, Fatimide, Turcs ...). Ils sont finalement battus par une armée fatimide en 978, et perdent Damas. D'autres défaites mènent à leur fin en 1077.
La doctrine religieuse et philosophique des qarmates, au sein de la famille des Ismaélites, semblerait hériter des courants gnostiques (détention d'une "connaissance" cachée en chacun, mais qui nécessite d'être révélée), ésotérique (croyance en un sens caché des choses), dualiste manichéen (croyance en un Dieu "bon" régnant sur le monde de l'Esprit, et un Dieu "mauvais", Maître du monde matériel). Des témoignages les accusent de négliger certains rituels de l'Islam (jeûne, prières, pèlerinages ...) et de la Loi Islamique (Chariah).
Sur le plan politique, ils sont égalitaristes, contestant violemment les inégalités sociales, en particulier liées à la hiérarchie religieuse, obligeant les très fortunés à partager leurs richesses, et adoptant vers la fin du 10è siècle un mode de gouvernement collégial de 12 membres.
L'existence pendant presque 200 ans d'un tel courant qualifié de "proto-communiste", au sein du monde musulman de la fin du 1er millénaire semble intéressant à relever.