« Il est évident pour nous, comme pour nos adversaires, que la raison est le bien le plus précieux que Dieu a légué à la créature et qu'il est l'instrument par lequel l'homme connaît son Seigneur et ses bienfaits et qui valide les commandements et les interdits, les attraits et les menaces (...). Si le Prophète vient pour confirmer ce que la raison connaît comme bon ou mauvais, licite ou illicite, alors nous considérons sa mission comme nulle et ses preuves inutiles, car la raison nous suffit pour le savoir. Si sa mission contredit les conclusions de la raison, nous rejetons alors le prophète (...)".
Ce sont les mots de Ibn Al Rawandi (827-911), critiquant la croyance à une révélation divine et à la vétité absolue exprimée dans le Coran. Il dément également la nécessité des rites et interdits, en particulier alimentaires, le caractère sacré des reliques et lieux saints.
Il refuse de croire à l'âme immortelle, et à la création du monde à partir du néant. Au contraire, il conçoit l'existence éternelle du monde dans le passé.
§§§§§§§§§§§§§§
Abu Isa al-Warraq (889-994)est l'ami et le maitre de Ibn Al Rawandi, bien que beaucoup plus jeune que ce dernier. (60 ans de différence !).
Il doute de l'existence de Dieu, et par suite de la révélation divine et du rôle des prophètes.
Comme Ibn Al Rawandi, il pense que si la raison est capable de différencier le bien du mal, par exemple la supériorité morale de la tolérance et du pardon, alors un prophète venu pour enseigner cela est inutile. Par contre, quand un prophète impose des enseignements contraires à la raison, il faut s'élever contre lui.
Abu Isa al-Warraq proclame la primauté de la Science dans l'ensemble de la connaissance humaine.
§§§§§§§§§§§§
Rhazes (Abu Bakr Mohammad Ibn Zakariya al-Razi - 865 - entre 925 et 935) est un homme de science, médecin, musicien (oud), et philosophe.
Né et décédé à Ray, en Perse, il cotoyait dans cette ville rassemblant une élite cultivée, des savants de divers disciplines et influences, y compris indiennes et chinoises.
Rhazes transmet à la postérité de nombreux instruments et méthodes dans le domaine de la chimie et de la pharmacie. Il isole l'acide sulfurique, l'éthanol et fabrique la glycérine à partir de l'huile d'olive. Il recalcule la courbure de la Terre, 11 siècle après Erathostène.
Dans le domaine médical, Rhazes étudie les textes grecs, arabes et indiens, en se rendant en Syrie, Egypte et Andalousie pour observer les pratiques et réaliser de nombreuses expériences. De retour dans sa patrie, il se met au service d'un Calife avant de batir et prendre la direction de l'hôpital central de Baghdad. Il y réforme l'enseignement de la Médecine, centré sur l'observation, met en valeur la médecine préventive et la diététique, ouvre la voie à la neurologie et la psychiatrie, découvre le rôle des nerfs moteurs et sensitifs, étudie la plupart des nerfs crâniens et rachidiens. Rhazes décrit également la variole, la varicelle, la rougeole, la goutte, la lithiase urinaire, l'asthme et la rhinite allergique. Dans le domaine chirurgical, il inaugure l'utilisation du catgut dans les sutures, le séton pour drainer les plaies infectées, codifie la trachéotomie.
Sur le plan philosophique et religieux, Rhazes est influencé par les matérialistes grecs, professe un atomisme proche de Démocrite (les choses sont faits d'atomes), ainsi que la théorie des "quatres" éléments" (terre, eau, air, feu), auxquels s'ajoute le vide. Il refuse l'existence d'un Dieu unique, ainsi que les révélations divines enseignées par les prophètes.
Rhazes théorise cinq principes universels à l'origine de toute existence, à savoir : le Démiurge, l'Ame Universelle, La Matière Primitive, Le Temps absolu et l'Espace absolue.
Par ailleurs il préconise l'abstention de consommer la viande, et une attitude bienveillante envers les animaux sur qui l'homme exerce sa domination par son intelligence.
De nos jour, en Iran, on célèbre la mémoire de Rhazes tous les ans le 27 Aout, et un institut de recherche médicale près de Téhéran porte son nom.