Lịch sử là một sự dối trá mà không ai phủ nhận (Napoleon đệ nhất)

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ANTAGONISME FONDAMENTAL ENTRE JUDAISME ET CHRISTIANISME

Je suis de ceux qui croient, naïvement, que le christianisme est le prolongement du judaisme. Seulement, d'autres avis existent ...

Entretien avec le professeur Y.Leibovitz :

Vous savez, évidemment, que l'on vous dit influencé par Karl Barth.
-C'est une sornette !
Alors pourquoi dit-on cela ?
-Est-ce que je suis responsable de la bêtise d'autrui ? Il a suffit que des scribouillards de chez nous aient entendu dire que Barth était un chrétien croyant, révolté contre la théologie libérale qui domine le protestantisme moderne, pour que l'on parle d'une telle influence. Comme je suis moi-même considéré comme croyant, ils ont posé l'équation simpliste: un religieux équivaut à un autre religieux, et en ont déduit une analogie entre Barth et moi-même. Barth a souligné l'opposition extrême qui existe entre judaïsme et christianisme. Nul chrétien de notre temps n'a écrit des choses aussi dures contre le judaïsme, précisément à partir de sa profonde conscience chrétienne et non en partant d'une position antisémite. J'ai essayé de présenter et d'expliquer cette question dans un article que j'ai consacré à Karl Barth.
-Par exemple ?
-Il écrivait que la poursuite de l'existence du judaïsme est une plaie sur le corps de Jésus. Il n'est pas possible selon lui qu'après Jésus continue d'exister légitimement un judaïsme qui ne soit pas chrétien. Une telle chose ne peut pas être. Mais en même temps, il n'y eut pas d'opposant plus virulent que lui au nazisme. A tel point qu'après la guerre il préféra l'Allemagne de l'Est à celle de l'Ouest, parce que en R.F.A., du temps d'Adenauer, avait débuté une sorte d'accommodement avec le nazisme. Ce qui est vrai. Dans sa relation aux juifs, il disait que nos étions tous –juifs et non-juifs- des êtres humains. Mais sa relation au judaïsme, dont il considérait l’existence comme un « blasphème », était épouvantable. On ignore chez nous le christianisme, et encore plus ce que le théologien chrétien le plus important du vingtième siècle pensait du judaïsme. Comment un homme qui compte parmi les plus grands penseurs chrétiens, dont on ne peut dire de lui qu’il était antisémite –sous aucun aspect et en aucune manière- , considère t-til le judaïsme ! Le fait même que le judaïsme existe comme religion vivante est la preuve que le christianisme est mensonge. Par conséquent le christianisme ne peut reconnaître l’existence persistante du judaïsme comme religion vivante, sinon lui n’est qu’une espèce de monstre. Mais il faut distinguer cette conception théologique de sa relation aux juifs. Ces deux choses sont différentes.
-En fin de compte, ce serait aussi la raison pour laquelle le Vatican ne reconnaît pas l’Etat d’Israël ?
-C’est possible. Je n’ai pas lu, bien sûr, tous les écrits de Karl Barth (il s’agit de quatorze volumes). Mais j’ai relevé quelques textes qui traitent du judaïsme. Tenez, par exemple : »La synagogue est le temple de la mort. » Et : « D’un point de vue ontologique, la poursuite de l’existence du judaïsme aux côtés du christianisme est impossible. » En d’autres termes, l est impossible que tous deux, judaïsme et christianisme, coexistent. En cela, Karl Barth s’opposait à Buber et Rosenzweig. Ceux-ci pensaient qu’il existait un double chemin et deux type de foi conduisant à la connaissance de Dieu. Selon Bath , le chrétien ne peut supporter l’existence du judaïsme, et je pense qu’il a raison. Du point de vue judaïque, aussi, on ne peut admettre deux chemins vers la vérité, ni reconnaître l’existence de deux voies vers Dieu. Un livre traite des relation de christianisme au judaïsme, « Le phénomène du judaïsme dans la théologie chrétienne – Israël dans la pensée de Karl Barth », du théologien protestant contemporain, Merkwart. Ce livre, paru en 1967, est très intéressant. A propos de l’énoncé de Barth : « Nous sommes tous des pêcheurs, mais les véritables pécheurs, avec toutes les conséquences qui en découlent, ne sont que ceux pour qui la volonté divine était claire et connue d’eux », Merkwart remarque : « On reconnaît-là un lien secret entre le paulinisme et auschwitz. » C’est une constatation sortie de la bouche d’un théologien germano-protestant contemporain . L’existence même du judaïsme est un problème terrible pour le christianisme. Au contraire, pour nous, le christianisme ne nous touche pas du tout. Selon Barth, le judaïsme n’est pas susceptible de s’amender puisque l’Evangile lui a été donné et qu’il l’a repoussé. C’est une chose que nous avons toujours tendance à oublier : Jésus était juif et il s’adressait aux juifs. Puisqu’ils l’ont rejeté, ils sont aujourd’hui incorrigibles.
Quelqu’un de très intéressant l’ a très bien compris, un français, Aimé Paillère. Tout au long de sa vie il n’a cessé de se rapprocher du judaïsme, jusqu’à se demander s’il devait s’y convertir. Un des événements déterminants pour lui fut une visite, le jour de Kippour, dans une synagogue où il demeura de l’office de l’après-midi jusqu’à celui de le nuit. Alors, en un éclair, surgit dans sa conscience, cette idée que si Jésus n’avait pas existé, cela n’aurait rien changé au Kippour des juifs. Et c’est vrai ! D’une part l’apparition de Jésus est le plus grand événement de l’histoire humaine –l’incarnation de Dieu en un homme- et cet événement se produisit au sein du peuple juif, dans une référence explicite au judaïsme, à la Torah et aux Prophètes. D’autre part, pour le judaïsme réel, c’est-à-dire pour ces juifs qui se réunissent dans une synagogue le jour de Kippour, tout se passe comme si cet événement ne s’était pas produit. On ne trouve même pas dans le judaïsme une quelconque négation du christianisme. Tout simplement il n’existe pas et c’est évidemment exact et prodigieux. Si Jésus n’avait pas existé, le livre de prière de Kippour serait exactement le m^me livre, sans changement d’une seule lettre. Bien entendu, le destin du peuple juif aurait été différent si le monde n’avait pas été chrétien, mais pas celui du judaïsme."
Y. Leibovitz
Israël et judaïsme, ma part de vérité.
Suivi de Job et Antigone.
Editions Desclée de Brouwer
345 p. 26 €

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