Pendant des siècles, la "Preuve Ontologique" de l'existence de Dieu a régné sur la pensée occidentale. On pourrait l'aborder de plusieurs façons, en voici deux :
1) La façon passant par la notion de "grandeur" :
Comme je suis, je possède l'idée de l'être. De la même façon, puisque je connais de "grands" individus, j'ai l'idée de grandeur. J'observe également la diversité des êtres, leur inégalité. Ce qui me fait penser qu'il doit nécessairement exister un Être tel qu'il soit le plus grand de tous. Je l'appelle : Dieu. C'est la fameuse formule de St Anselme (11è siècle) : "Ens quo nihil majus cogitari possit" (l'Être tel que rien de plus grand ne peut être pensé) (Proslogion T34).
Anselme ajoute que l'insensé qui nie l'existence de Dieu, autrement dit l'idée de "l'Être tel que rien de plus grand ne puisse être pensé", a quand même cette idée dans sa pensée. Le renier, c'est à dire affirmer qu'il y a PAS "rien de plus grand", revient à dire : "il y a plus grand". De plus, "le plus grand" en question, pour être plus grand, doit exister réellement, car l'existence réelle est plus "grand" que ce qui est seulement pensé. Anselme considère que l'insensé est contradictoire (il donne à Dieu deux définitions contraires - comme affirmer qu'un triangle n'a pas trois angles). Disons plus simplement qu'il ne fait que déplacer le problème ...
2) La façon passant par la notion de perfection :
Je suis imparfait. Je ne connait rien qui soit parfait. Pourtant j'ai en moi l'idée de la perfection. Comment cette idée peut-elle germer en moi, qui ne peut rien éprouver de telle, si elle ne m'a pas été donnée par un Être parfait ? D'autre part, serait-il possible que je ne fais que concevoir cet Être parfait, que j'appelle Dieu ? Eh bien non. Il doit exister. Car l'existence est une qualité, et s'il n'existe pas, cet Être, il lui manquerait la qualité en question, et ne serait pas parfait. Il est donc d'une nécessité logique que Dieu existe. C'est le raisonnement de Descartes (17è siècle).
§§§§§§§§§
A tout cela Kant (18è siècle) répond : vous êtes bien gentils, les gars, mais au fond, vos raisonnements, certes brillants, ne font que démontrer l'existence du concept de Dieu, et non l'existence réelle de Dieu. Et pour souligner la différence entre le concept et la réalité, Kant utilise un exemple infaillible. Il déclare : je suis bien plus riche avec cent thalers (pièce de monnaie en argent) qu'avec le concept de cent thalers...
Ainsi, par un raisonnement d'épicier, Kant met fin à de longues années de spéculations théologiques.
Mais certainement pas à la recherche d'une preuve de l'existence de Dieu !
Nguyễn Hoài Vân
16-10-2012.