Qu'elle est pénible cette coutume des vivants d'invoquer les morts ! Cependant, je ne peux pas m'empêcher de penser que la croyance que l'être survit en conservant, dans le monde à venir, la forme qui fut déjà sienne dans un monde antérieur est encore plus triste. LA DANSEUSE D'IZU.
A une époque où les cas de névrose augmentent de façon spectaculaire, il semble bien que l'énergie des fous dépasse de loin celle des gens de lettres. Et je me dis que pour ne pas être en reste, il faut que je devienne au moins aussi fou qu'eux. Correspondance avec Mishima
Il m’est apparu depuis peu que les textes sacrés du bouddhisme sont des chants élégiaques, et j’y puise un réconfort indicible. Aussi, lorsque je vous invoque, vous qui êtes mort, j’aime infiniment mieux m’adresser à ce prunier vermeil, déjà chargé de boutons et placé devant moi dans le tokonoma, que de vous prêter, dans l’autre monde, l’aspect que vous empruntiez dans celui-ci - La Danseuse d'Izu
Comment il avait pu se faire que le sein de la femelle humaine, seule parmi tous les animaux, avait, au terme d'une longue évolution, pris une forme si belle. Le beauté atteinte par les seins de la femme n'était-elle point la gloire la plus resplendissante de l'évolution de l'humanité ? Les Belles Endormies
Quelle signification donner au fait que le Créateur ait façonné les hommes tels qu'ils ne puissent contempler leur propre visage ? [...] Le visage, ce qu'il y a de plus personnel chez les humains, semblerait n'être destiné qu'à la vue des autres. En serait-il de même de l'amour ? La Danseuse d'Izu - LA LUNE DANS L'EAU.
Mourir, c'est refuser toute compréhension, et pour toujours, de la part des autres - Nuée d'oiseaux blancs
Le bouddha nous enseigne à nous libérer de la loi de la transmigration pour entrer dans l’absolu du nirvâna. L’âme qui doit encore parcourir tout le cycle des renaissances n’est qu’une pauvre âme égarée… Je crois qu’il n’existe aucun mythe tissé de rêves aussi riches que la métempsycose. N’est ce pas le plus beau poème élégiaque que l’homme ait jamais inventé ? - La Danseuse d'Izu
La vie conjugale est un affreux marécage qui finit par engloutir les mauvaises actions de l’un ou de l’autre - Le Grondement de la montagne
La notion d'immortalité de l'âme exprime peut-être l'amour des hommes pour la vie, pour leurs morts, mais c'est par une habitude triste et dérisoire que nous croyons conserver dans l'autre monde notre personnalité d'ici-bas, et y emporter nos amours et nos haines (...) Plutôt qu'habiter le monde pâle des fantômes, je voudrais, après ma mort, devenir une blanche colombe, une tige d'anémone. Une telle conception nous permet de nourrir ici-bas des affections tellement plus larges, tellement plus libres ! La Danseuse d'Izu
Les usages du monde, confondus avec le maintien de son ordre, ne faisaient peut-être qu'anesthésier le sens du mal - Les Belles Endormies
- L'homme est le remède qui donne vie aux femmes. Toutes les femmes devraient prendre ce remède -là!
- Même si c'est un poison...?
- Même dans ce cas. Il t'est arrivé, Otoko, de prendre du poison sans le savoir et, aujourd'hui encore, tu n'en as pas conscience. Cependant, il existe un antidote. Parfois, un second poison est nécessaire pour venir à bout du premier. Même si le remède est amer, ferme les yeux et avale-le d'un coup. Il se peut aussi qu'il te donne la nausée ou encore qu'il refuse de descendre dans ta gorge... (Tristesse et Beauté )
- Il est facile d'entrer dans le monde des bouddha, il est difficile d'entrer dans le monde des démons – ce propos d'Ikkyū, moine zen, me touche au plus profond de moi-même. Tout artiste aspirant au vrai, au bien et au beau comme objet final de sa quête, est hanté fatalement par le désir de forcer cet accès difficile du monde des démons, et cette pensée, apparente ou secrète, hésite entre la peur et la prière.